24/09/2013

Pensées d'aéroport, d'avion....Argentine, un jour..

ARGENTINE - du 5 novembre 2011 au 19 novembre 2011

DEPART

Orly - 5 novembre 2011

Me voilà à l'aéroport, et j'ai fait la connaissance du groupe. Il est 15h50, embarquement dans une demi-heure.
Je suis déjà repérée dans le groupe : la plus jeune, la plus seule, celle qui vient de Reims, là où on boit du champagne.
Je n'aime pas trop les aéroports, on est toujours en train d'attendre, c'est chiant les aéroports. Pourtant, c'est parfois là que tout commence, ou que tout finit, que s'écrivent des histoires.

Il y a beaucoup de gens dans les aéroports, des gens qui rient, des gens qui pleurent, des gens qui crient, des gens qui dorment, des gens qui mangent. Il y en avait de drôles tout à l'heure à l'enregistrement des bagages : il y a en a un, il faisait et défaisait ses valises, je crois qu'il s'y est pris au moins en quatre ou cinq fois.
Il y en a un autre derrière moi, il lisait un livre, c'était un allemand, un germanique en tout cas, je l'ai vu au bouquin qu'il lisait, c'était écrit en allemand. Il y en avait un autre bizarre, je crois qu'il était américain, peut-être australien, il était en short et tee-shirt, prêt à surfer sur la vague. Il y avait des espagnols aussi, un couple de jeunes, une vingtaine d'années. Ils sont assis en face de moi à l'heure où j'écris, lui boit un coca, elle lui parle et bouquine en même temps; je me demande ce qu'elle peut bien lui dire.
Dans mon groupe, je suis la plus jeune. Ils ont la soixantaine, j'en ai 36. Je suis là avec mon PC, mon MP3, mon BlackBerry, des trucs d'aujourd'hui, eux sont là avec leur sac à dos, billets et passeports en mains, à simplement attendre. Je me sens bien différente et pourtant je suis parmi eux. Et nous allons passer 15 jours ensemble. Finalement, c'est bien aussi les aéroports, on y est pour rencontrer, dépasser les frontières. Assis dans nos sièges à attendre, nous sommes différents mais aussi semblables. Nous avons tous le virus de la découverte.

Madrid - 5 novembre 2011

Après une heure et des cacahuètes de vol, je suis à Madrid, escale de 3 heures avant le grand décollage. Je suis donc dans un aéroport, encore, et encore, des gens qui attendent, des gens qui mangent, des gens qui parlent, des gens qui lisent, des gens, des gens, des gens, et en face de moi, un bébé qui pleure, à peine quelques mois le petit bonhomme. Il a un jouet comme celui de Lilou, ma nièce, un livre musical, dont l'harmonie des sons qui s'en échappent m'échappe complètement ! Il est rigolo ce bébé, quelle chance il a de voyager. Si j'avais un enfant, je l'emmènerais partout moi aussi, il découvrirait le monde, irait dans les aéroports, verrait des gens qui parlent, des gens qui mangent, des gens qui crient, des gens qui pleurent. Comme sa maman. Il regarderait, écouterait et sourirait, ferait des grimaces d'impatience, soupirerait de l'attente, mais quelle attente ! Une attente tellement et largement récompensée, aller voir de l'autre côté de l'océan ce qui se passe, comment vivent les gens, échanger avec eux des sourires, des regards, qui sont autant d'instants précieux dans une vie. Des instants précieux dont on se souvient longtemps, ça vaut bien des heures d'attente.
Je suis a Madrid, et je ne peux m'empêcher de penser au cinéma d'Almodovar que j'aime tant. Les femmes d'Almodovar sont de vraies femmes. Pour moi, c'est lui qui les filment le mieux...toutes ces femmes, avec leurs jardins secrets, leurs sentiments si complexes, leur sensibilité. Je me reconnais bien dans les femmes d'Almodovar, sans doute que je suis un peu comme elles, un peu comme Penelope Cruz dans Volver.
Il est vraiment rigolo ce petit garçon, argentin sans doute, ou brésilien peut-être, il y a aussi un vol pour Sao Paulo d'affiché. Il a une chemise rayée bleu et blanche, il a les cheveux très foncés et le teint mât, et voilà qu'il me sourit. Un sourire d'enfant juste avant de prendre l'avion pour Buenos Aires, quel bonheur ! Peut-être que ce sont mes lunettes qui le font rire. Oh...j'entends une autre voix d'enfant derrière moi ! Une petite fille cette fois-ci, plus grande que le petit garçon, elle a bien trois ans je pense. La voilà avec sa salopette rouge en velours à réclamer une sucette Chupa Chups à sa maman.
J'ai pris  mon netbook pour surfer sur internet et envoyer des mails, garder le contact comme on dit. J'avais décidé aussi d'acheter un carnet à spirales, et de prendre un crayon et une gomme, pour raconter ce voyage. Finalement, me voilà en train d'écrire sur mon netbook, et je pense donc à ce carnet, à cette gomme et ce crayon au fond du bagage à main, complètement inutiles.
Ma tête commence à me faire un peu mal, une bouteille d'eau serait la bienvenue. Oh, revoilà la petite fille en salopette rouge, elle passe devant moi et me montre son doudou, un Mickey, en salopette lui aussi, rouge comme la sienne ! Elle revient peut-être de Paris cette petite fille, avec son Mickey, peut-être qu'elle est allée à Disneyland. Si j'avais une petite fille, ce n'est a priori pas le premier endroit dans lequel j'aurais envie de l'emmener...Mickey, une souris qui symbolise tellement de choses de ce monde qui ne me plaisent pas, ce conformisme, ce mondialisme qui annihilent l'esprit humain, mettent des gens dans des cases, même que c'est emmerdant quand on rentre dans aucune case, c'est emmerdant surtout pour les autres d'ailleurs. Paradoxalement, notre monde d'uniformité qui voudrait nous mettre dans des cases, qui voudrait qu'on se ressemble tous, créent des divisions plus que d'unions. Plus on nous oblige à nous fondre les uns aux autres, plus on a envie de se différencier. En fin de compte à la réflexion, si j'avais une petite fille, et bien je l'emmènerais à Disneyland ! ça lui donnerait peut-être l'envie d'autres choses, l'envie de se dépasser, l'envie de se différencier, de s'affirmer. Mais je lui raconterais avant qui est vraiment cette souris pleine de malices...
Bon, ma tête me fait vraiment mal cette fois-ci. Allez, je vais déambuler dans cet aéroport pour me rafraichir, et peut-être que lorsque cela sera fait, il sera l'heure d'embarquer.

Océan atlantique - 6 novembre 2011

Dans cet avion qui fait du bruit, j'attends qu'on me serve mon plateau repas pour enfin tenter de dormir. Les nuits ont été plutôt courtes ces derniers temps, moi qui habituellement éteint les feux pas plus tard qu'à 23h00, il en est désormais tout autrement.

Et oui, je suis amoureuse d'un homme qui aime bavarder la nuit, un homme qui s'aventure en stop ou à vélo et l'on ne sait trop pourquoi lui et moi, pressés de se revoir sans doute, à chaque fois qu'il décide de venir me voir, je vais le chercher à Paris. La dernière fois, j'avais passé une nuit franchement pas terrible, j'avais bu la veille, c'était l'anniversaire de mon amie Nelly. Et bien après avoir fonctionné au radar toute la journée, à 20h30 un dimanche soir, alors que je travaillais le lendemain, j'ai enfilé mes chaussures dare-dare, mis une veste, avalé ma soupe en deux temps trois mouvements, et j'ai pris la route.

Je suis donc une raisonnable tendance folle-dingue. J'avoue, ça m'angoisse un peu. Vous me diriez : "mais tu es une angoissée née Sabine !", que je ne vous contredirais pas ! Mais cette folle-dinguerie, si elle est la manifestation d'un certain bien-être, son revers est parfois terrible. Lorsque l'histoire se termine, elle se transforme en une énorme déprime. C'est quitte ou double la folle-dinguerie.
Moi qui ait eu par ailleurs une vie sentimentale mouvementée, je m'interroge : faut-il nécessairement faire des compromis ? Nelly me dit que oui. Dans compromis, il y a compromettre...compromettre une partie de soi, n'est-ce pas se perdre un peu ? moi j'ai peur qu'en faisant des compromis, un jour pas fait comme un autre ça se transforme en reproche.
Je crois donc qu'il faut d'abord apprendre et comprendre l'autre. Trouver un équilibre. Je préfère ça, à l'idée d'abandonner une partie de soi.
Revenons à ce qui se passe dans l'avion. Là, c'est la queue leu leu pour les toilettes. Ils sont un peu fous les gens. Pourquoi sont-ils ainsi tous debout à vouloir aller au même endroit en même temps ?! Ahhhh, les lumières viennent de s'éteindre, je vais enfin pouvoir dormir...


Brésil - 6 novembre 2011

Les lumières sont de nouveau allumées. Il est 8h00 à ma montre, soit 4h heure locale. Il reste 1h50 de vol. Nous traversons le Brésil. Nous allons survoler les chutes d'Iguazu je crois. L'émotion m'envahit, je vais bientôt fouler le pied sur le sol argentin, ça me rend toute chose ! Depuis le temps que j'en rêve, plus d'un an, ça aura passé vite. Une folie ce voyage, mais j'en avais tellement besoin à l'époque, peut-être un peu moins maintenant, mais après Cuba, il me fallait donc aller plus loin, j'avais été déçue par la Crète l'an dernier, et donc approcher des gens encore plus différents. J'avais vraiment adoré mon voyage à Cuba. J'avais été très touchée par les gens là-bas. Heureux de vivre, mais je les ai sentis aussi très mélancoliques. Quand j'entends Ibrahim Ferrer chanter Dos Gardenias, que de frissons ! Dos Gardenias, c'est tout Cuba, le sourire aux lèvres et les larmes au fond des yeux. Et quelle gentillesse, les cubains, j'ai des centaines de sourires qui me reviennent en mémoire rien que de parler d'eux.

21:14 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (0)

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